Adamantine dans l'éclat du secret

[by Marguerite]




Adamantine est jeune et libre, et elle vit en marge dans une forêt. Plutôt heureuse, son bonheur est encore plus complet quand elle rencontre Edith, une jeune femme "presque ingénieure", qui a en tête de nettoyer sa clairière pour laisser la place à un projet de festival écologique, et qui devient son amie. Mais un jour, un représentant de commerce en produits pharmaceutiques, qui a perdu son chemin, débarque dans la clairière. Sous prétexte de sauver Adamantine, de la protéger de sa propre faiblesse, elle qui n’a rien demandé, il l’enlève et la séquestre dans son inquiétante pharmacie.


A grand renfort de petites pilules et d’injonctions insidieusement mais littéralement incorporées, voilà Adamatine coiffée, maquillée et poudrée, corsetée dans une robe de princesse, perchée sur talons hauts, et instruite de la bonne façon de se tenir, de parler et de rire. Heureusement, Adamantine aliénée devra son salut à l’amitié têtue d’Edith. Grâce à elle, elle retrouvera d’abord sa liberté de parole, puis une liberté physique.





La critique féministe de l’aliénation du corps et du langage manque parfois d’équilibre, notamment dans les premières scènes, qui mettent l’accent sur le caractère sauvageon et "limité" d’une Adamantine qui n'aurait pas encore "fait son éducation". Ce premier degré un peu manichéen s’explique peut-être par une mise en scène qui se veut pédagogique et tournée vers le jeune public.


Toutefois, les traits caricaturaux de la première partie laissent place à plus de poésie grâce à des clins d’œil aux contes de fées, comme Cendrillon ou Barbe bleue, et aux magnifiques jeux d’ombre et de lumière des dernières scènes, choix scénographique qui ramène subtilité et émotion dans la pièce, et fait gagner en force de conviction.


Le jeu de Pauline Coffre est complexe et efficace, et elle insuffle sa puissance à son personnage quand Adamantine prend le pas sur une docilité acquise, regagnant le terrain sur la domination masculine (et chimique).


Charlotte Fermand, la presque ingénieure sensible, qui met de côté son projet écologique pour ne pas arracher Adamantine à sa forêt adorée et s’avère aussi solidaire qu’incroyablement pugnace, incarne intelligemment la deuxième figure féminine.


Quant à Christian Taponard, qui tient à merveille le rôle du pharmacien tyrannique, mielleux et somme toute répugnant, il a plusieurs cordes à son arc, comme le montre la finesse de son interprétation travestie de sa propre épouse, à la fin du spectacle.



Adamantine dans l’éclat du secret, de Julie Ménard, mise en scène Maxime Mansion

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© Gens qui sèment 2020, par l'Insolente. 

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